Ashwagandha KSM-66 : avis de l'ANSES et contre-indications
L'ashwagandha est la plante la plus vendue du rayon compléments depuis trois ans, et c'est aussi celle sur laquelle une autorité française s'est prononcée le plus récemment. En avril 2024, l'ANSES a publié un avis d'évaluation des risques la concernant. Ce texte existe, il est public, et il change la manière dont on doit conseiller cette plante — y compris quand on la vend. Voici ce qu'il dit, ce que l'extrait KSM-66 est exactement, et qui doit s'en tenir à l'écart.
L'ashwagandha KSM-66, qu'est-ce que c'est ?
L'ashwagandha, Withania somnifera, est une solanacée dont on utilise traditionnellement la racine en médecine ayurvédique. Elle appartient à la même famille botanique que la tomate, la pomme de terre et la belladone — famille qui, comme cette dernière le rappelle, produit des molécules actives.
KSM-66 est un nom commercial, pas un synonyme d'ashwagandha. Il désigne un extrait breveté de racine, standardisé à 5 % de withanolides, obtenu par un procédé d'extraction que son fabricant présente comme dépourvu de solvants chimiques. C'est l'extrait le plus utilisé dans les protocoles publiés, ce qui explique qu'on le retrouve partout sur les étiquettes.
La précision qui compte : tous les extraits d'ashwagandha ne se valent pas, et la différence n'est pas cosmétique. Un autre extrait breveté répandu, Sensoril, est standardisé à un taux de withanolides plus élevé et inclut la feuille en plus de la racine. Or la feuille est plus riche en withaférine A, une lactone stéroïdienne dont la cytotoxicité est décrite dans les travaux in vitro. Partie de plante utilisée et taux de standardisation ne sont donc pas des détails d'étiquette : ce sont deux produits au profil différent.
Le détail de la composition, des withanolides et des doses employées en recherche est traité dans notre article sur l'extrait d'ashwagandha KSM-66. La page que vous lisez porte sur la sécurité et sur l'avis de l'ANSES.
NUTRITING
Nutriting nuAshwagandha KSM-66
Nutriting nuAshwagandha est un extrait de racine d'ashwagandha biologique en gélules végétales. Une gélule apporte 300 mg d'extrait KSM-66®, titré à 5 % de withanolides, soit...
Que fait l'ashwagandha, et qu'a-t-on le droit d'en dire ?
Aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour l'ashwagandha. Aucune, sur aucun terrain : ni le stress, ni le sommeil, ni l'anxiété, ni la testostérone, ni la performance sportive.
Ce n'est pas propre à cette plante. Les allégations portant sur les substances botaniques sont, depuis 2010, dans un statut d'attente au niveau européen : elles n'ont été ni autorisées ni définitivement rejetées, et en pratique elles ne peuvent pas être employées. Un vendeur qui écrit « ashwagandha anti-stress » ou « réduit le cortisol » enfreint le règlement 1924/2006, tout simplement.
Le mot « adaptogène », que vous verrez partout, n'a lui non plus aucune valeur réglementaire. Il classe une famille de plantes issue d'une tradition de recherche ; il ne décrit pas un effet reconnu.
Ce que la recherche a réellement mesuré — cortisol salivaire, questionnaires de stress perçu, paramètres de sommeil, marqueurs hormonaux, sur des durées de six à douze semaines — relève de protocoles, pas de promesses. Nous en avons rendu compte en détail dans l'article dédié, sans en tirer d'effet garanti.
Que dit l'avis de l'ANSES sur l'ashwagandha ?
C'est le cœur du sujet, et c'est ce qui distingue l'ashwagandha de la plupart des plantes du rayon : ici, une autorité s'est exprimée.
Dans son avis du 19 avril 2024 relatif aux risques liés à l'utilisation des préparations de Withania somnifera dans les compléments alimentaires (saisine 2021-SA-0077), l'ANSES rapporte les éléments suivants.
Les cas signalés
Le dispositif français de nutrivigilance a enregistré des signalements d'effets indésirables associés à des compléments contenant de l'ashwagandha sur la période 2009-2023. Les effets décrits sont principalement digestifs — diarrhées, vomissements —, ainsi que de la somnolence, de la fatigue et des manifestations cutanées. Deux signalements sortent du lot par leur gravité : un cas d'hépatite aiguë et un cas associant hématurie macroscopique et insuffisance rénale. La base internationale de pharmacovigilance de l'OMS recense un nombre nettement plus élevé de cas, avec le même profil d'atteintes digestives et hépatiques.
Un mot de méthode, parce qu'il est important pour ne pas surinterpréter : ces signalements ne mesurent pas une fréquence. Ils recensent des cas rapportés, dont l'imputabilité au produit est évaluée au cas par cas. Ils ne disent pas combien de personnes sur cent sont concernées. Mais ils suffisent à identifier les organes à surveiller.
Les préoccupations soulevées
L'ANSES relève des préoccupations relatives à une possible génotoxicité, à des effets suspectés de perturbation endocrinienne — en particulier sur la fonction thyroïdienne et la fertilité —, ainsi qu'à des atteintes hépatiques, cardiaques et à des effets sédatifs sur le système nerveux central. Les effets sur le développement fœtal font également partie des points de vigilance.
Les recommandations
L'agence recommande un contrôle systématique et une qualification de la composition des matières premières végétales utilisées, appelle à des travaux de toxicologie complémentaires, et invite les consommateurs à signaler à leur médecin la prise d'ashwagandha en raison des interactions possibles avec les traitements.
Nous vendons cette plante, et nous relayons cet avis. Ces deux choses ne sont pas contradictoires : elles sont la condition pour que le conseil vaille quelque chose.
Qui ne doit pas prendre d'ashwagandha ?
La liste ci-dessous reprend les populations pour lesquelles l'ANSES déconseille la consommation de compléments contenant de l'ashwagandha :
- Les femmes enceintes et allaitantes. C'est le point le plus constant, retrouvé aussi dans les monographies traditionnelles.
- Les personnes de moins de 18 ans.
- Les personnes présentant un trouble endocrinien, en particulier un dysfonctionnement thyroïdien ou une hyperandrogénie.
- Les personnes atteintes d'une pathologie hépatique ou cardiaque.
- Les personnes sous traitement dépresseur du système nerveux central — anxiolytiques, hypnotiques, sédatifs.
À cela s'ajoute une règle de bon sens que nous appliquons au comptoir : si vous prenez un traitement pour la thyroïde, quel qu'il soit, l'ashwagandha n'est pas un achat à faire sans en parler d'abord à votre médecin. C'est le point d'interaction le plus fréquemment évoqué et il concerne beaucoup de monde.
Un signal d'alerte, aussi, parce qu'il est rarement écrit : en cas de fatigue inhabituelle, de jaunisse, d'urines foncées ou de douleurs abdominales pendant une prise d'ashwagandha, on arrête et on consulte. Ce sont les signes qui doivent faire penser au foie.
Si votre motif d'achat est le sommeil ou la tension nerveuse, deux rayons reposent sur des bases réglementaires plus solides : le magnésium, qui dispose d'allégations autorisées sur le fonctionnement normal du système nerveux, et la mélatonine, pour laquelle une allégation sommeil est bel et bien autorisée. C'est une différence de statut, pas une préférence commerciale.
Trained by JP
TrainedByJP Ashwagandha KSM-66
TrainedByJP Ashwagandha KSM-66 est un complément en gélules végétales dosé à 600 mg d'extrait de racine d'ashwagandha (Withania somnifera) par gélule, titré à 5 % de...
Comment lire l'étiquette d'un extrait d'ashwagandha ?
La partie de plante. C'est la première ligne à chercher, et celle que l'avis de l'ANSES rend décisive. « Racine » n'a pas le même profil que « racine et feuille ». Une étiquette qui ne le précise pas ne vous permet pas de savoir ce que vous achetez.
Le taux de withanolides. C'est le repère de standardisation, exprimé en pourcentage. Un extrait KSM-66 est titré à 5 %. Un titrage plus élevé n'est pas un gage de qualité supérieure : c'est un autre produit, souvent obtenu autrement et parfois à partir d'une autre partie de plante.
La quantité d'extrait par gélule, pas la quantité de « plante équivalente ». Les deux chiffres circulent et ils ne veulent pas dire la même chose. Une gélule annonçant « 5 000 mg équivalent plante » contient en réalité quelques centaines de milligrammes d'extrait. Le chiffre qui compte est celui de l'extrait, associé à son titrage.
Le nom de l'extrait breveté, s'il y en a un. KSM-66, Sensoril, Shoden : ces noms renvoient à des procédés et à des cahiers des charges identifiables. Un « extrait d'ashwagandha » anonyme n'offre aucune traçabilité, et l'avis de l'ANSES insiste précisément sur la qualification de la matière première.
Ce que l'étiquette ne doit pas dire. « Anti-stress », « réduit le cortisol », « améliore le sommeil » : ces mentions sont interdites. Leur présence ne prouve pas que le produit est mauvais, mais elle prouve que le fabricant traite la réglementation avec désinvolture — ce qui est rarement un bon signe sur le reste.
C'est la même exigence de lecture que celle que nous appliquons au shilajit, autre produit traditionnel où l'origine de la matière première pèse plus lourd que le dosage affiché.
Qu'est-ce qu'il ne faut pas attendre de l'ashwagandha ?
Ce n'est pas un anxiolytique. Une anxiété qui gêne la vie quotidienne se traite avec un médecin, et l'automédication par une plante retarde souvent la bonne prise en charge.
Ce n'est pas un somnifère. L'avis de l'ANSES mentionne d'ailleurs les effets sédatifs parmi les points de vigilance, ce qui n'est pas la même chose qu'un bénéfice.
Ce n'est pas un stimulant hormonal. Des travaux ont mesuré des paramètres hormonaux, sur des effectifs limités ; l'ANSES évoque au contraire des effets suspectés de perturbation endocrinienne. Prétendre le contraire serait malhonnête dans les deux sens.
Ce n'est pas un produit de construction musculaire. Sur ce terrain, ce sont les protéines, l'entraînement et le sommeil qui travaillent, comme le détaille notre article sur la récupération musculaire.
Et ce n'est pas un produit anodin parce qu'il est « naturel ». C'est précisément le raccourci que l'avis de l'ANSES vient contredire.
Questions fréquentes sur l'ashwagandha KSM-66
L'ashwagandha est-elle dangereuse ?
Elle n'est pas anodine. L'ANSES, dans son avis du 19 avril 2024, rapporte des signalements d'effets indésirables digestifs, cutanés, de la somnolence, ainsi qu'un cas d'hépatite aiguë et un cas d'atteinte rénale, et soulève des préoccupations sur la génotoxicité et une possible perturbation endocrinienne. Elle en déconseille la consommation à plusieurs populations, listées plus haut.
L'ashwagandha est-elle interdite en France ?
Un avis d'agence n'est pas une interdiction : l'ANSES évalue les risques et recommande, elle ne réglemente pas. Des compléments contenant de l'ashwagandha restent commercialisés en France. L'avis a en revanche pour effet de préciser à qui ils sont déconseillés, et c'est cette liste qu'il faut lire.
Quelle différence entre KSM-66 et Sensoril ?
KSM-66 est un extrait de racine titré à 5 % de withanolides. Sensoril combine racine et feuille avec un titrage plus élevé. La feuille est plus riche en withaférine A, molécule dont la cytotoxicité est décrite in vitro. Ce sont deux produits différents, et la partie de plante figure normalement sur l'étiquette.
Quels sont les effets secondaires de l'ashwagandha ?
Les plus fréquemment signalés sont digestifs — diarrhées, vomissements —, avec également de la somnolence, de la fatigue et des réactions cutanées. Des atteintes hépatiques ont été rapportées, plus rarement mais plus sérieusement.
Peut-on prendre de l'ashwagandha avec un traitement pour la thyroïde ?
L'ANSES déconseille la consommation aux personnes présentant un dysfonctionnement thyroïdien. Si vous êtes traité pour la thyroïde, la question se pose à votre médecin ou à votre pharmacien avant tout achat, et pas à un vendeur.
Combien de temps peut-on en prendre ?
Les protocoles publiés couvrent le plus souvent six à douze semaines. Il n'existe pas de données de sécurité sur un usage prolongé, ce qui est en soi une bonne raison de ne pas s'installer dans une prise continue.
L'ashwagandha fait-elle grossir ?
Rien ne relie cette plante au poids corporel, et aucune allégation n'existe dans un sens ou dans l'autre. Une gélule d'extrait n'apporte pas de calories significatives.
Faut-il la prendre le matin ou le soir ?
Les protocoles répartissent la prise selon le paramètre étudié, souvent en soirée pour les travaux portant sur le sommeil. Comme la somnolence figure parmi les effets rapportés, mieux vaut ne pas commencer une cure un matin de journée de conduite.
C'est un produit que nous préférons vendre en ayant eu la conversation, et pas seulement le clic : notre boutique de Vendargues, à une dizaine de minutes de Montpellier, est faite pour ça, et la liste des contre-indications de l'ANSES y est appliquée telle quelle. En ligne, le rayon ashwagandha et notre article sur alimentation et stress reprennent les leviers qui ne dépendent d'aucune gélule.
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